mercredi, 02 janvier 2013

Je björke, tu björkes, il ...


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C'est Dancer in the Dark, la dégoulinante tragédie musicale de Lars Von Trierqui m'a mené à Björk.


Ma toute première réaction, en découvrant sur l'écran de ma télévision le visage naïf de la chanteuse islandaise, a été de lever les yeux au ciel. Confortablement installée dans mon fauteuil, bien emitoufflée dans mes divers a-prioris culturels, je m'attendais à devoir subir un enième navet pseudo-intellectuel réalistico-intrusif. 

Un quart d'heure après, l'envie de zapper m'était passée. Deux heures et une dizaine de gorges nouées plus tard, j'avais compris que Björk valait - bien - mieux que la déprimante hystérique qu'elle dévoilait habituellement aux yeux des médias. Un jeu humble, juste, déchirant, qui donne à voir Selma Yeskova, la protagoniste du film, comme une mère héroïque ... et qui soutient l'ensemble d'un mélodrame qui se noyerait sinon dans le pathos.

Estomaquée, bouleversée, je ne pouvais pas laisser filer une si belle prise sans en avoir appris davantage. Le soir même, je suis donc partie à la découverte de Björk, la chanteuse, sur YouTube.  


Et j'ai aimé. 


Pas tout: trop grand, trop gros. 
Mais j'ai aimé la singularité, l'originalité de cette artiste.
Ses chansons plantées au carrefour de différents genres.
Cette voix perçante, tantôt douce ou insistante.  
Cette intensité sous-jacente qui ressort de ci, de là, par pics douloureux.

S'il fallait représenter la musique de Björk de quelques traits de crayon, je dessinerais une rose des vents.

D'en bas, ça monte au ciel. Ca va dans tous les sens, ça explose de partout. 
Quand? Comment? Où exactement? Nul ne le sait. A un moment, cela va éclater, c'est tout.
Comme un feu d'artifice mal agencé, l'islandaise crache sa musique comme on clashe des pots de peinture sur les murs. 

Mais elle le fait si bien que le résultat est toujours passablement harmonieux. L'art de Björk possède sa logique propre. Trouvez-en la (les) clé(s), et vous vous ouvrirez les portes d'un univers tout de dentelle, délicat, tendre et personnel. 

  • Sur Debut (1993), il ne faut pas manquer les petites perles intimistes que sont Come to Me, Aeroplane ou encore le nostalgique The Anchor Song. Du côté des tubes, optez pour l'étrange Human Behaviour et téléportez-vous en Inde avec Venus as a Boy
  • Sur Post (1995), c'est à côté d'Hyperballad, de Possibly Maybe et de Headphones (entre autres) qu'il ne faut pas passer.
  • Le très émotionnellement authentique Homogenic (1997) est un chef-d'oeuvre du début à la fin. Il n'y a donc pas grand-chose à en dire (malheureusement)
  • Vespertine (2001) est l'album le plus intimiste de Björk à ce jour. Hidden Place, Cocoon, Pagan Poetry et Unison en sont les morceaux les plus marquants. 
  • Quant à Medulla (2004), il s'agit d'un album sombre, organique, presque rebutant. A ne pas rater toutefois: Vokuro et Mouth's Cradle.
  • Vous trouverez également quelques belles surprises sur Volta (2007), l'opus le plus énergique et extraverti de Björk: citons notamment Wanderlust, Earth Intruders ou encore l'abyssal Pneumonia.
  • Une écoute attentive de Moon et Cosmogony est une bonne manière d'entamer la découverte de Biophilia (2011), le dernier album en date sorti par la chanteuse venue du Nord. 


Et si vous pensez que le répertoire de Björk s'arrête là, vous vous fourrez le doigt dans l'oeil.


Chaque album est accompagné d'un opus-miroir, composé de remixes. Sans compter les nombreuses faces B de l'artiste, ses compositions pour le cinéma, le soundtrack de Dancer in the Dark ... Et bien entendu, l'ensemble de la discographie associée à sa jeunesse dans divers groupes punk et de jazz, tels que le produits des années Sugarcubes (et autres) ou sa participation au projet Gling-glo


dimanche, 29 avril 2012

Camille: "pourquoi tu m'appelles erreur alors que je suis humaine?"





Depuis mars 2005, date de la sortie de son deuxième opus "Le Fil", je suis de près la carrière de la chanteuse Camille. "Le Fil": album de la 'consécration' (à son échelle underground), unanimement loué par la critique, qui avait alors valu à la chanteuse deux victoires de la musique.


Avant la sortie du "Fil", Camille avait déjà publié un prmier album, "Le Sac des Filles" (2002), un tendre petit bonbon édulcoré enrobé de mélancolie. Ce premier disque est parsemé de perles dont Camille elle-même semble ne pas connaître la valeur. Et c’est peut-être mieux comme ça. 


Depuis la sortie du « Fil », Camille n’a vraiment pas chômé. D'abord restée silencieuse, elle finira par refaire surface en 2008 avec un troisième opus, « Music Hole », puis avec un quatrième, « Ilo Veyou ».


Araignée piégée à sa propre toile

Après la sortie du « Fil », Camille s’est emmêlée. Le bien intitulé « Music Hole » s’est en effet révélé être un « trou musical » sans fond. Au « Fil », la dentelle de Calais; à « Music Hole » le filet de pèche. Un album marginal "parce que ça le fait", dichotomique comme un deuxième tour électoral. Exacerbation interprétative : triste amalgame qui transforme la tendresse en mièvrerie (Sange’s Sweet), la douleur en mélodrame (Winter’s Child), le comique en pitrerie (Cats and Dogs, Canards Sauvages). Bref, comme dirait l’autre, l’album a été un bide. Et la tournée correspondante, pas un succès non plus.

2011 signe le retour de Camille, bien silencieuse depuis la précédente dégelée. Nouvel album, nouveau style, nouveau personnage : « Erase and Rewind », Tabula Rasa. L’opus « Ilo Veyou » se présente comme une célébration du retour aux sources, comme l'éloge de la simplicité. Vivant d’amour et d’eau fraîche, devenue maman, Camille semble apaisée, calmée, adoucie. Sa musique aussi. Et là, tout le monde applaudit : la folle est rentrée dans les rangs. Il n’y aura pas de « vol au-dessus d’un nid de coucous ».

Et bien non. C'est trop tard. En dépit d’une épuration, Camille exagère encore et toujours. Comble des combles, elle sur-joue même sa propre simplicité. Les yeux se sont lassés de ces gestes superflus, de ces pieds nus, de cette chevelure hirsute. Le charme n’opère plus.

Ou presque ...

Car c’est indéniable: tout au long de ces sept années, Camille n’aura jamais cessé d’essayer. Essayé de sortir de tout. Essayé de ressentir l’oppressante – mais maternelle  – présence des quatre éléments, dans un monde qui semble partir à vau l'eau. Essayé de faire partie, avec ses cinq malheureux sens humains. "N’importe quoi", s'offusqueront les sceptiques. Pour ma part, j'ai vu peu d'artistes essayer autant. Il y en a, bien entendu. Si mes oreilles croisent leurs sons, je tâcherai de les aimer.


VVM

 

23:44 Écrit par Valérie Van Mol dans critiques | Commentaires (0) | Tags : camille, sac des filles, le fil, music hole, ilo veyou, critique, artiste |  Facebook | |  Imprimer |